Une nuit au Pic

Date
16 octobre 2017
Lieu
Pic du Midi de Bigorre
Voilà, la date du 15 octobre 2017 arrive : je vais enfin pouvoir profiter de mon cadeau d'anniversaire ! La date a été fixée depuis longtemps en fonction de différents critères (créneaux de disponibilité du Pic du Midi de Bigorre, une période sans Lune, éviter l'été car les nuits y sont plus courtes…).

Je tiens à remercier celles et ceux qui ont contribué à ce très beau cadeau !

La météo s'annonce excellente et, effectivement, lorsque j'arrive à La Mongie vers 14h, le ciel est dégagé et il fait 21 °C. Je me rends au départ du téléphérique où l'on me remet un passe à garder autour du cou pendant tout le séjour. C'est la troisième fois que j'emprunte le téléphérique du Pic et, après un quart d'heure de montée, j'arrive au sommet, à 2 877 m d'altitude.

Un membre de l'équipe du Pic accueille les "nuits" (les touristes qui passent la nuit au Pic et sont reconnaissables à leur passe porté autour du cou) et nous conduit directement aux chambres. Une clé nous est fournie pour nous déplacer librement dans une partie du site.


La fenêtre de ma chambre : double vitrage ? oui et même double fenêtre !


Le programme officiel débute à 17 h 30 (après la descente de la dernière cabine) et, en attendant, nous sommes libres de profiter du site. Il y a beaucoup de monde : c'est dimanche, il fait beau et c'est la Fête de la Science. De nombreuses animations sont donc prévues.



Je me rends sur la terrasse pour contempler le magnifique panorama de la chaîne pyrénéenne au sud. Ce sont plus de 300 km de sommets qui s’enchaînent d’est en ouest (pic d’Aneto, Néouvielle, mont Perdu, le cirque de Gavarnie, la brèche de Roland, le Taillon, le Vignemale, le Balaïtous, le pic du Midi d’Ossau...).


Le panorama sud : les Pyrénées (survolez avec la souris pour la légende)


Sur la face Nord, on découvre la plaine française qui s’étend à perte de vue : Bagnères-de-Bigorre, Tarbes, Lannemezan... C’est d’ailleurs sur la façade Nord qu’un hyper-belvédère va être construit (une plateforme en verre de 12 m de long qui permettra aux visiteurs de s’avancer au-dessus d’un vide de 1 000 m de dénivelé).


Le panorama nord : la plaine (survolez avec la souris pour la légende)
Je visite ensuite le musée qui retrace la construction du Pic, depuis ses débuts en 1870, par de Nansouty et Vaussenat, jusqu’à nos jours. Au tout début, le Pic était essentiellement une station météorologique. Ce n’est qu’en 1952 qu’un premier téléphérique a été installé. Avant cela, la seule façon de s’y rendre était à pied, après 6 à 8 heures de marche. Les montées ne se faisaient pas "à vide", car il fallait porter vivres, matériaux et matériel à dos d’hommes et de mules. En hiver, les mules ne pouvaient pas monter… 

Ça y est, la dernière cabine vient de redescendre. Les terrasses sont calmes : le Pic est à nous. Nous sommes, en effet, une petite trentaine de touristes à passer la nuit au Pic. C’est l’heure de se rendre au rendez-vous dans un lieu hautement stratégique : le bar-restaurant !

Devant un petit apéritif de bienvenue, nous faisons connaissance avec Pierre, l’animateur qui s’occupera de nous pendant le séjour. Pierre est membre de l’association "À ciel ouvert", qui fait partie du regroupement de la Ferme aux étoiles. Après quelques consignes de sécurité (en cas de malaise lié à l’altitude, par exemple, car il y a un tiers d’oxygène en moins dans l’air : il est donc déconseillé de monter les escaliers quatre à quatre) et quelques détails sur le déroulement du séjour, Pierre nous emmène au planétarium.

Il s’agit du planétarium le plus haut d’Europe, avec une capacité de 45 places. Mis en service en 2016, il se trouve sous la coupole Baillaud, la première coupole du Pic construite en 1907. Un film retraçant l’histoire du Pic est projeté. Ensuite, Pierre enchaîne sur une petite découverte du ciel que nous allons observer plus tard dans la soirée.

À l’issue de la projection, nous sortons pour observer le coucher du Soleil sur les Pyrénées. La météo est avec nous et nous profitons du spectacle. Les appareils photo crépitent de tous les côtés. Les couleurs sont magnifiques.


Coucher du Soleil et la coupole abritant le télescope Bernard Lyot




À l’opposé du Soleil, plein Est donc, la ceinture de Vénus est superbe : les rayons du Soleil n’éclairent plus les couches basses de l’atmosphère, mais illuminent encore les hautes couches. 



Le petit groupe au moment du coucher du Soleil

C'est l'heure de passer à table. Un menu gastronomique nous attend au restaurant. Il n'y a que le g de "gourmand" qui sépare astronomie et gastronomie ! Le chef cuisinier est habitué mais il faut savoir qu'à cette altitude certaines habitudes changent : l'eau par exemple bout à 91° et non 100°.
A table, je fais connaissance avec Serge un sympathique touriste suisse.

Le repas terminé, la nuit est tombée. Nous revenons sur la terrasse où Pierre a installé deux télescopes de type Dobson : un petit 200mm classique (mais le site d'observation ne l'est pas !) et un 500mm motorisé. J'ai hâte d'observer ! Il est 21h15 et Pierre commence par un petit tour de repérage des principales constellations visibles actuellement.
Je suis surpris à cette occasion de voir que nous ne sommes que 3 à être astronomes amateurs dans le groupe. Les autres visiteurs découvrent le ciel et l'astronomie en général.
Le programme d'observation est très classique du coup pour un astronome amateur : Saturne (avant qu'elle ne se couche), M13, M27, M57 (mon étalon personnel pour juger de la qualité du ciel en cette période de l'année :) ); NGC 6543 (l'œil du chat magnifique au 500 : on y perçoit des couleurs!), M31, le double amas de Persée, l'amas de la chouette...
Pierre montre donc les principaux types d'objet et les plus spectaculaires pour le grand public. Je constate que l'atmosphère est très stable : il y a peu de turbulence. M57 au 500 est très lumineuse j'aurai bien aimé changer d'oculaire pour grossir un peu plus :)
Peu avant minuit, les observations se terminent. Le froid commence à se faire sentir et certains visiteurs vont se coucher. Pierre range les télescopes. Je suis un peu déçu : je pensais que ça durerait plus longtemps. J'aurai bien aimé par exemple voir ce que donnait les dentelles du Cygne dans le 500 (même si Pierre n'avait pas de filtre OIII) !
Je reste alors sur les transats à observer à l'oeil nu. Je suis surpris de la pollution lumineuse même dans le site classé autour du Pic. Au nord, la plaine est très éclairée : la petite brume qui la recouvre forme des halos lumineux (Tarbes, Bagnière, Lannemazan... et on voit même le halo lumineux de Toulouse).

Beaucoup plus sombre au sud (évidemment), mais on voit malgré tout deux halos importants. Pierre me dit qu'il s'agit au sud des lumières de Saragosse et au sud est celles de Barcelone !
Au zénith en revanche, la voie lactée se détache très bien, les étoiles visibles sont nombreuses. J'ai observé une petite dizaine d'étoiles filantes. Vers 1h30, je vais me coucher car la journée a été longue et que je ne voudrai pas rater le lever du Soleil !
Après une bonne, mais courte nuit, je suis de nouveau sur les terrasses avant le lever du Soleil. Sur l'horizon Est, le petit croissant de Lune est magnifique, suivi par Vénus. Les couleurs changent, le Soleil approche ! Je me régale et ne me lasse pas du panorama sur les Pyrénées. Les sommets commencent à être éclairés. J'ai d'ailleurs raté le rayon vert que d'autres ont vu. :(





















Le programme des festivités se poursuit : nous retournons au planétarium où Pierre nous propose un voyage immersif permettant de mieux appréhender les distances dans l'Univers. Nous décollons de la Terre et nous nous en éloignons progressivement, jusqu’à sortir de notre Galaxie et même du Groupe local.

Ensuite, nous partons visiter la coupole des coronographes. Ces instruments, inventés par Bernard Lyot au Pic du Midi au début des années 1930, permettent de simuler une éclipse de l’étoile observée afin d'étudier sa couronne.



Les instruments
 


La monture

Sur les photos, les deux coronographes sont les instruments dotés de tubes hexagonaux. Dans la boîte blanche située en dessous, on trouve des lunettes qui observent le disque solaire, c’est-à-dire la partie masquée par le coronographe. En combinant les images obtenues, on parvient à reconstituer une vue complète de l’étoile et de sa couronne. 

Le Pic du Midi et l'observatoire d’Hawaï collaborent pour surveiller en continu notre étoile, 24h/24 et 7j/7. Cette veille permet, par exemple, d’alerter différents organismes en cas d’éruption solaire importante dirigée vers la Terre, afin d’éviter des pannes électriques généralisées (comme celle survenue au Canada en 1989).
Les agences spatiales sont également prévenues afin de réduire "la voilure" des panneaux solaires des satellites pour les protéger. D’autres organismes, comme les armées, les services de sécurité ou les hôpitaux, peuvent aussi être alertés.

Les images produites sont disponibles sur le site de BASS2000 (http://bass2000.obspm.fr/home.php?end=1508229025&exp=8)

Vers midi, le programme officiel touche à sa fin. Nous avons cependant la possibilité de profiter du site jusqu'à la dernière descente de la cabine, prévue aux alentours de 17h.

Pour ma part, je décide de rester, car une rencontre particulière a marqué ma journée ! J’ai eu le plaisir de faire la connaissance de Christophe Bersegeay, animateur scientifique au Pic depuis 15 ans. Coïncidence étonnante : nous sommes de la même famille, originaires de Beauvoir-sur-Niort, et il a débuté ses premières observations astronomiques à La Foye-Monjault !


J'ai donc eu l'honneur de bénéficier d'une visite privée du Pic ! Christophe m'emmène dans le dédale des tunnels, qui s'étendent sur plus de 3 km au total. Le télescope Bernard Lyot (TBL) n'est pas accessible pour l'instant, car il est en cours de maintenance (ré-aluminure). Cette opération, qui permet de restaurer les miroirs du télescope, est réalisée tous les deux ans. Une vidéo de cette opération, disponible sur YouTube, vous permet d'en savoir plus sur ce processus.

https://www.youtube.com/watch?v=9Q8EKgBYd6Q.
Eh bien, Christophe a obtenu une autorisation de 10 minutes pour me le montrer. Nous commençons par la salle de maintenance située sous le télescope.



L’appareil dans lequel le miroir est placé pour la ré-aluminure



Le miroir primaire descendra par là...


On monte ensuite dans la coupole pour voir la "bête" : c'est le plus grand télescope installé sur le sol français. Le miroir primaire fait 2 m de diamètre pour une focale de 50 m. Le tout est monté sur une monture de type fer à cheval. Il a été mis en service en 1980 et est désormais dédié exclusivement à l'étude des champs magnétiques des étoiles.



Le beau bébé !



La monture : je fais le constat que ça ne passera pas dans ma cours...



Le logement du primaire : impressionnant !



J'avais oublié de prendre un autocollant "Têtes en l'air" sinon je l'aurai mis ;)


Cerise sur le gâteau : Christophe m'emmène faire le tour de la coursive extérieure !



Une vue à couper le souffle !



L'ombre projetée de la tour du TBL : la photo "écrase" la profondeur...


Avant de quitter cette partie du site, nous passons par la salle de contrôle du télescope, où les scientifiques récoltent les mesures.



Une partie de la salle de contrôle


Nous reprenons ensuite notre chemin à travers les tunnels. Nous passons par le tout premier tunnel creusé au Pic il y a plus d'un siècle. J'avoue ne plus trop savoir où je suis dans ce labyrinthe de couloirs et d'escaliers ! Nous arrivons ensuite dans la coupole Gentili, qui abrite le télescope de 1 mètre.




C'est ce télescope qui, au début des années 60, a cartographié la Lune de manière précise à la demande de l'US Air Force, afin de déterminer les sites d'alunissage des missions Apollo, rien que ça ! Aujourd'hui, il sert principalement à l'étude des comètes et astéroïdes, mais aussi des planètes du système solaire.
Christophe me dit qu'il arrive parfois qu'ils observent à l'oculaire : il a pu observer Saturne à deux reprises ! Nous montons ensuite sur une autre petite terrasse qui mène à la partie dédiée à la météorologie et à la mesure de la qualité de l'atmosphère… 




La petite coupole abrite un petit télescope de 200 mm qui sert à mesurer la qualité du ciel (seeing).
Enfin, Christophe me fait entrer à nouveau dans le planétarium pour assister à une projection du documentaire de Serge Brunier (auteur, entre autres, de la belle série documentaire Entre Terre et Ciel).
Et voilà, mon séjour au Pic se termine, et il est temps de redescendre et de rentrer à la maison, des souvenirs plein la tête ! 



Le Pic vu depuis l'aire d'autoroute "Les Pyrénées" entre Tarbes et Pau


Merci à toutes et à tous pour ce cadeau, ainsi qu'à l'équipe du Pic pour leur accueil chaleureux, en particulier à Pierre et Christophe. Christophe, comme convenu, n'hésite pas à me contacter lorsque tu seras de passage à Beauvoir. On pourra organiser une soirée astro sur le site de Terre Neuve avec les Têtes en l'air !

Grégory BERSEGAYE